Des lignes de mots pour la dramaturgie : le plan de l’Utopie
Extrait du texte:
« Cartographier mes pensées pour ne pas me perdre dans ma ville intérieure.
Composer des lignes de mots. Croiser ces lignes en des mots-carrefour, qui permettent de bifurquer, de prendre un autre chemin de pensée.
Ajouter des ramifications aux lignes principales et intensifier, densifier le réseau global de pensée.
Cartographier mes pensées pour ne pas me perdre dans ma ville intérieure. »
L'écriture part d'un matériau textuel, plus que d'un texte articulé.
Ce matériau prend la forme d'une carte, inspirée d'un réseau de métro ou de transport en commun.
La carte, appelée aussi plan de l'utopie (l'utopie, étant, étymologiquement, le lieu qui n'existe pas), se compose de mots-clé liés au projet et à sa complexité.
Le plan n'est pas définitif, ni figé. La plupart des lignes sont encore en construction. Des mots-clés sont appelés à se stabiliser, d'autres peuvent s'effacer.
Chaque étape de création et notamment chaque atelier permet de confronter le plan à d'autres ressentis de la ville. Les participants aux ateliers réalisent le plan de leur ville intérieure qui vient ainsi nourrir notre propre proposition de plan.
Chaque mot du plan représente un arrêt qui peut être approfondi et remis en connexion avec les autres arrêts et la (ou les) ligne(s) où il est situé. Cet arrêt est une plongée dans l'histoire du mot, de son étymologie à son sens actuel. Nous creusons le sens de chaque mot, pour connaître sa face cachée, invisible, mais agissante.
C'est là la première étape du processus d'écriture: partir du bas, du sous-sol, de ce qui se trouve en dessous de nos pieds (les galeries, les tunnels, les mythes, l'archéologie, l'étymologie) pour petit à petit remonter à la surface, au sol, où jaillit ce que nous acceptons de montrer de nous-mêmes.
L'horizon de ce travail d'écriture est une élévation progressive: aller vers le haut, vers la construction d'une constellation contemporaine, d'une ville qui se fait ciel étoilé.
Extrait du texte:
« C'est ici, ou jamais.
D'abord partir du ventre, du ventre-centre, d'où l'on nait et ou l'on meurt.
Partir du bas, des bas-fonds, des dessous, de tout ce qui ne se voit pas, mais qui sous-tend, soutient, et fonde.
Partir de cet endroit invisible et tout en creux, une ville sous la ville,
explorer les sous-sols de la folie citadine, les chemins souterrains qui conduisent aux névroses des métropoles et aux légendes urbaines. Des fondations enfouies aux tunnels frénétiques, la ville est née là sous nos pieds. Sous les pavés, le mythe. »
